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Voilà, s’est achevée aujourd’hui ma traversée des Encantats sur le circuit des refuges du Parc National d’Aiguestortes, fameux circuit des « Carros de Foc » (les « charriots de feu »). Et… comment trouver les mots pour décrire un tel enchantement? Nous sommes partis le 7 août du refuge de Vielha (accueil moyen, mais vite tourné en dérision par le groupe des 9 dont l’esprit le plus acéré eut vite fait de surnommer la cantinière “Petrouchka”, tellement sa rudesse ukrainienne tranchait avec la réputation chaleureuse des refuges catalans!!!), nous avons cheminé au coeur de paysages saisissants: soleil rougeoyant sur les cimes au levant, lacs, pauses au bords de lacs et de torrents, parois de granit ou blocs à enjamber dans la caillasse… Après le refuge de la Restanca et les bulles de bière fort appréciées, (et la première soupe délicieuse, à 2010m d’altitude, au dîner coudes à coudes le long des tables de bois tandis que la pluie fait rage dehors après la journée de marche, les esprits s’échauffent en dégustant le premier vin de la traversée, première vraie nuit dans le premier refuge de montagne), l’une d’entre nous nous quitte en hélicoptère au petit matin… (rien de grave, juste des adducteurs trop douloureux pour poursuivre), et c’est la montée au col de Oelhacrestada (alt. 2475): là, pour 5 d’entre nous (dont moi), nous laissons les sacs aux plus paresseux en bas, et montons au sommet du Pic de Montardo (alt.2833). Joie de l’effort récompensé par un paysage lunaire et parsemé des lacs que nous venons de longer, au fond, là-bas, dans la vallée… La montée est un peu ardue à flanc sur les rocs de pierre et dans le vent, mais quelle satisfaction et quels souvenirs… En contrebas, après la pause de midi, nous nous arrêtons à l’Estany des Monges et là, c’est le clou: le bain dans le lac à 14°C à peine, à 2400 mètres d’altitude… Le rêve. Certes, le froid de l’eau saisit, mais se baigner dans un cadre pareil, on ne peut que regretter toute sa vie de ne l’avoir jamais fait…La descente sur le refuge Ventosa y Calvell est la plus belle de tout le parcours: une fontaine de bois rustique (photo ci-dessous), devant le refuge, surplombe l’Estany Negre qui prolonge son bleu turquoise profond loin dans la vallée. Face à un tel paysage, la bière ou le Schweppes d’altitude (!!) sont des elixirs de bonheur. Vue imprenable sur le paradis terrestre.

Du refuge Ventosa Y Calvel

Le lendemain, commence une longue journée de marche à travers le cirque de Colomers, et quelques envahisseurs de touristes espagnols en Espagne, et français associés (venus en vrais beauf’ depuis une route, lointaine mais suffisamment proche pour leur permettre de sévir) nous repoussent sur l’un des bords les moins fréquentés de ce lac: sieste ensoleillée, avant de repartir pour la montée et redescente, l’après-midi, vers le refuge de Saboredo (alt.2810). Alors là, c’est carrément le rêve: un tout petit refuge de 21 places à peine (on nous y annonce que nous aurons la chance d’avoir une place dodo par personne!) tenu par deux babas-cool catalans extra, accompagnés de leurs deux chiens aussi “fumés” qu’eux, qui nous font un dîner de rois: lapin au vin rouge, une panacée pour un refuge dont la surface au sol ne doit sûrement pas dépasser les 15m carrés (les tables du “réfectoire” se transforment même en lits pour la nuit). Et (oh! grand luxe!) nous avons même droit à la douche chaude pour 2€, dans un petit cabanon attenant… Entre l’orage qui dehors fait rage et mes tongs (légers pour le sac à dos, mais peu adaptés au temps d’altitude!) je m’offre une superbe gamelle à la sortie de la douche… Je suis quitte pour un nettoyage rapide du collant couvert de terre, et pour les éclats de rire de mes compagnons de route, lorsque je les rejoins au « réfectoire » où ils papotent allègrement. Le lendemain, le lavabo extérieur avec vue sur le lac dans la brume m’offre une salle de bain de rêve face à laquelle je me brosse les dents comme si c’était la plus belle activité du monde…C’est au refuge de Saboredo que j’ai le mieux dormi, même si nous n’avons cessé de plaisanter, tous, à propos de l’épaisseur extrêmement réduite des matelas à chaque refuge. D’ailleurs, la bonne humeur, les fous-rires et les délires sont la caractéristique de cette traversée, en plus de la difficulté bien réelle (mais plus physique que technique) de certains passages. La journée du lendemain est moins rude, et c’est tant mieux car c’est sous la pluie battante que nous renonçons au Tuc de la Ratera (à cause du temps) et marchons jusqu’ au refuge d’Amitges (alt.2380). Ici, c’est le grand luxe: le refuge est immense, pittoresque (décoré à la Petrouchka avec force rideaux colorés comme des robes de poupées russes, et un joli poële ancien dans un coin…); les tables en bois servent au groupe, l’après-midi, à la discussion, aux jeux de carte et aux rires… Belle après-midi de repos, le calme avant la tempête du lendemain: notre guide nous conduit vers la droite du Pic d’Amitges, au lieu de la gauche, ce qui nous permet, d’une part, de voir courir les isards au-dessus de l’Estany Gran d’Amitges (photo ci-dessous)…

Estany Grand d’Amitges

…mais aussi d’entamer la montée la plus délicate (et la plus technique) de tout le parcours, montée qui s’achève pratiquement les mains accrochées aux parois des roches, quasiment à la verticale, pour atteindre un col en surplomb d’une redescente qui s’annonce aussi gratinée. En effet, lorsque Patricia, notre guide, part, accompagnée de deux d’entre nous, gravir, en reconnaissance, le flanc du pic à notre gauche pour voir si cela ne serait pas plus commode par le haut, je commence à comprendre que, si elle cherche une alternative, c’est qu’elle a jaugé la descente, et que celle-ci a bel et bien l’air très ardue… Comme cela m’arrive parfois, me voilà prise d’une crise de vertige, et la descente, entre le Pic d’Amitges et le Pic de Bassiero (150m de dénivelée environ que nous mettrons 2h à descendre, à pas de fourmis, car tout faux-pas pourrait être fatal…) s’effectue pour moi à grand renfort de sucres pour ne pas craquer, et bien rassurée par Patricia qui a distribué chacun d’entre nous sur la longueur du groupe en fonction de sa capacité à encadrer les autres…. On finit par arriver en bas, les jambes quelque peu éraflées de partout, et nerveusement un peu à cran, mais soulagés d’en avoir fini! Le parcours est ponctué par le repas de midi au bord d’un lac turquoise, juste après le Lac Glacé (photo ci-dessous) et près du refuge de Mataro… d’où nous admirons éberlués la descente raide et caillouteuse que nous venons de parvenir à effectuer. La dernière nuit, bien méritée après cette ultime et rude journée, se déroule au refuge Gerdar.

Lac glacé – Encantats

Marcher ainsi pendant une semaine à travers paysages, difficultés, embûches et joies de chaque instant, c’est aussi marcher à la rencontre de l’autre: et ce raid rando nous a permis, je crois, d’aller à la rencontre les uns des autres, et de découvrir, pas à pas, et chemin faisant, des personnes qu’il ne nousserait jamais donné de connaître autrement, des gens incroyables, formidables, qui partagent la même passion: gravir les sommets de la vie pour n’en perdre aucune seconde d’intensité. Vous me manquez déjà tellement, vous tous, compagnons de dortoir, de rires, de chemins caillouteux, de tablées catalanes… Alors j’espère qu’on se retrouvera bientôt, pour partager les mêmes bonheurs et les mêmes galères, dont nous ferons la même bonne humeur et la même joie de marcher ensemble, pour que passent d’autres « charriots de feu« …

Carte: mapa excursionista (1/50 000) Pica d’Estats-Aneto – Parc Nacional d’Aigüestortes i estany de Sant Maurici, n°22 Pyrénées, Institut geografic de Catalunya.
Étapes du parcours (5 jours de marche):
Lundi : départ du refuge de Vielha (nuit du dimanche-lundi, 1620 m). Montée au port de Ruis (2320 m). Les lacs de Rius refuge de la Restanca (2100 m). Dénivelée : + 700 m. 5h de
marche.
Mardi
: Col de Crestada (2468 m), pic de Montardo (2833 m), lac des Monges, refuge Ventosa y Calvell (2220 m). Dénivelée : + 900 m. 6h de marche.
Mercredi : Port de Colomers (2600 m), cirque de Colomers, pot du tuc de Sendrosa (2450 m) refuge de Saboredo (2300 m). Dénivelée : + 700 m. 6h de marche.
Jeudi
: Port de la Ratera (2510 m), tuc de la Ratera (2857 m) et refuge d’Amitges (2380 m). Dénivelée : + 600 m. 4h de marche.
Vendredi : Crête de Basiero (2800 m), col du lac Glacé (2610 m), lac de Gerber, refuge Gerdar. Dénivelée : + 500 m. 8h de marche. [Voir aussi
départ pour les Encantats. Suite à un commentaire avisé d’un internaute (voir ci-dessous en commentaires), j’ajoute que si on parle espagnol, ce site sur la « Carros de foc » est très intéressant: Larutadelos9refugios.
Photos et panoramas.

Refuges Carros de Foc

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